Michel Bühler

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Site officiel : http://www.michelbuhler.com/

Irrécupérables

Album :1974. Coffret 6cds "Toutes les chansons" de 69à90.

 

Nous avons laissé nos cheveux

Pousser comme l'herbe sauvage,

Et nous avons ouvert les yeux

Sur ce monde, que vous dites sage.

Et nous avons ouvert les yeux

Sur ce monde fait à votre image,

Nous l'avons trouvé laid et vieux,

Nous sommes sortis de sa cage.

 

Irrécupérable, irrécupérables!

 

 

Quoi, n'y a-t-il rien d'autre à faire

Qu'à se dévorer comme des loups,

Et ne sommes-nous sur la Terre

Que pour prendre ou donner des coups?

Et ne sommes-nous sur la Terre

Que pour être aveugles ou voyous?

Il n'y avait plus rien à faire,

Nous avons choisi d'être fous!

 

Irrécupérable, irrécupérables!

 

 

Nous avons appris à rouler

Notre bosse et nos cigarettes,

Nous avons vu vos pieds fouler

Les pauvres gens qu'on dit honnêtes.

Nous avons vu vos pieds fouler

Le bonheur de notre planète,

Jamais vos larmes n'ont coulé,

Nous ne sommes plus de vos fêtes!

 

Irrécupérable, irrécupérables!

 

 

Vous pourrissez l'eau de la mer,

L'air de nos villes et de nos champs,

Vous vendez des armes à nos frères,

Aimez-vous tant le goût du sang?

Vous vendez des armes à nos frères

Et vous cultivez le ferment

De la haine dans la misère,

Nous voulons être simplement

 

Irrécupérable, irrécupérables!

Irrécupérable, irrécupérables!

Au bord de la rivière

Album : 1977. Coffret 6cds "Toutes les chansons" de 69à90.

 

De bon matin je suis allé

Au bord de la rivière,

De bon matin je suis allé

Au bord de la rivière.

J'ai entendu l'oiseau chanter,

Ah le bel été,

Sur le bord de l'eau claire,

Sur le bord de l'eau claire.

 

 

Il m'a dit: "Je n' peux plus voler,

Au bord de la rivière,

Il m'a dit: "Je n' peux plus voler,

Au bord de la rivière:

Toutes mes plumes sont tombées,

Ah le bel été,

Devant comme derrière,

Devant comme derrière.

 

 

Celles de ma queue, j' les ai laissées,

Au bord de la rivière,

Celles de ma queue, j' les ai laissées,

Au bord de la rivière,

Pas loin d'ici, sur le chantier,

Ah le bel été,

D'une centrale nucléaire,

D'une centrale nucléaire.

 

 

Celles de mon dos, elles, sont restées,

Au bord de la rivière,

Celles de mon dos, elles, sont restées,

Au bord de la rivière,

Près d'une usine qui répandait,

Ah le bel été,

Du fluor dans l'atmosphère,

Du fluor dans l'atmosphère.

 

 

J'ai eu du mal à digérer,

Au bord de la rivière,

J'ai eu du mal à digérer,

Au bord de la rivière,

L' mercure qu' y avait dans un brochet,

Ah le bel été,

J'ai perdu une aile entière,

J'ai perdu une aile entière.

 

 

Les gendarmes m'ont arrêté,

Au bord de la rivière,

Les gendarmes m'ont arrêté,

Au bord de la rivière,

M'ont fait couper l'autre côté,

Ah le bel été:

C'était pas réglementaire,

C'était pas réglementaire.

 

 

J'ai vendu ce qui me restait,

Au bord de la rivière,

J'ai vendu ce qui me restait,

Au bord de la rivière,

Pour payer l' procès que j'ai fait,

Ah le bel été,

Aux auteurs de mes misères,

Aux auteurs de mes misères".

 

 

Alors l'oiseau s'en est allé,

Au bord de la rivière,

Alors l'oiseau s'en est allé,

Au bord de la rivière,

En boitant, tout nu, tout pelé,

Ah le bel été,

"Et bonjour à tes frères,

Et bonjour à tes frères"!

Electricité

Album : 1980. Coffret 6cds "Toutes les chansons" de 69à90. (Date de sorti du titre 1981).

Eh, dis donc, toi qui me vends

Mon électricité,

Ecoute-moi, d' puis quelque temps

M'est v' vnu quelques idées.

C'est moi qui parle aujourd'hui,

Tais-toi, y a trop longtemps

Qu' t'as l'argent (tiens d'où vient-il?)

Pour m' balancer tes boniments.

Je m' disais: "C'ui qui m' fournit

D' quoi m' chauffer, m'éclairer,

C'est quelqu'un comme un ami,

Qui veille sur ma santé!"

Mais voilà, t'es qu'un marchand,

Tu vends, tu vends, tu vends,

Comme c'ui qui m' pique mon pognon

Pour fabriquer ses gros canons.

 

 

Qu' les marchands d'armes soient des salauds,

Je l' savais depuis longtemps.

J' leur f'sait pas plus confiance qu'à,

Qu'à mon gouvernement.

Mais voici que tu rejoins

Les rangs de ceux qui mettent,

Par bêtise, par soif du gain,

En danger la planète.

Tu prétends que j'ai besoin

D' plus en plus d'énergie.

Si j' marchais, ça t' plairait bien:

T'augment'rais tes profits!

On s'entêt'rait à bâtir

Des maisons mal isolées,

On enferm'rait le plaisir

Dans des appareils ménagers!

 

 

L' pétrole, c'est bientôt fini,

Les arabes ferment les vannes,

Comme chante l'autre abruti,

Z' en ont pas pour mille ans.

Ils ont donc raison, ces gens,

De l'économiser,

Les solutions d' remplac'ment

C'est à nous d'en trouver.

Le soleil, la force du vent,

Le mouv'ment des marées,

Ce n' sont pas des choses qu'on vend:

Tu les as écartées.

Et dans ton cerveau épais

Qui pense à tout, sauf aux hommes,

Tu t'es dit: "J' vais remplacer

Le pétrole par de l'uranium!"

 

 

Mais c' métal va s'épuiser,

Et c'est pas nous qui l' possédons.

Tu n' fais donc que reporter

A plus tard la question.

Pour l'instant tu te construis

Des centrales en béton,

Dont tu n' sais pas aujourd'hui

Comment elles fonctionneront.

En plus, une p'tite bombe classique

Placée au bon endroit

Produira une musique,

Trois fois Hiroshima:

Adieu Lausanne et Genève,

Adieu le lac Léman,

Adieu l'amour et le rêve

Et les grands rires des enfants!

 

 

Ouais, ces trucs, c'est délicat,

Faudra les surveiller.

Ça veut dire que tu voudras

Partout des super policiers.

Voilà c' que tu nous prépare:

Un flic par citoyen,

La pénurie pour plus tard,

Et la guerre qui rit dans son coin.

J' peux pas croire que tu sois bête

Au point d'ignorer tout cela,

Mais je vois que tu t'entêtes,

Suffisant, sûr de toi.

J'en conclus qu' dans ton esprit

Ton argent vaut mieux que ma vie,

C' qui m' fait affirmer ici

Que tu n'es qu'un bandit...

 

J'en conclus qu' dans ton esprit

Ton argent vaut mieux que ma vie,

C' qui m' fait affirmer ici

Que tu n'es qu'un bandit!

 

 

 

 

 

 

 

 

Les poissons sont des cons

Album : "Passant" (2008)

Y a deux poissons dans mon étang
Ça va nageant, ça vit content
Ça se croise par-ci par-là
Un p'tit salut, un p'tit "Ça va ?"
Deux tout jolis mignons poissons
Qu'ont tout plein de place pour s'ébattre
Si bien qu'ils se sont dit "Croissons !"
Le lendemain, ils étaient quatre

Y a quatre poissons dans mon étang
On s' voit de loin mais plus souvent
Dessous les feuilles des nénuphars
Ou quand on prend le frais, le soir
"Ma chère comment allez-vous ?
Et les enfants ? Ca viendra vite !
Plus tard, ils prendront soin de nous"
Le lendemain, ils étaient huit

Y a huit poissons dans mon étang
Qui r'muent la queue en gigotant
C'est pas encore un club de foot
Mais ça fait du monde qui glougloute
Et qui zigzague, joyeux foutoir
Les maigrichons frôlent les balèzes
Que chatouillent les p'tits rigolards
Le lendemain, ils étaient seize

Y a seize poissons dans mon étang
Qui chassent les mouches et les vers blancs
Ça gobe, ça croque et ça avale
C'est des gloutons, c'est des morfales
On aurait tort de se priver
De la graille, y en a tant qu'on veut
Y a qu'à se servir, y a qu'à s' bâfrer
Le lendemain, z'étaient trente-deux

Sont cinq cent douze quelques jours plus tard
Commence à y avoir un écart
Entre quelques poissons nantis
Et la masse des plus petits
"Eh, c'est la nature et ses lois"
Disent d'éminents poissons savants
"Certains ont des besoins plus grands
D'autres mérites ou d'autres droits"

On pourrait penser qu'au moment
Où ils s' trouvent plus d' mille dans l'étang
Bien qu'ils aient pas inventé l'eau tiède
Il se trouve un poisson qui plaide
Pour qu'on réfléchisse un p'tit peu
Y a moins d' plancton, moins d'asticots
Mais réfléchir, mon bon monsieur,
C'est trop d'mander à ces bestiaux

Les v'là huit mille et des poussières
Dans mon étang et ça se serre
Mais sans s'inquiéter pour autant
La poiscaille, ça vit au présent
Changer d'art de vivre, jamais
Y a pas d'autre route et d'ailleurs
Celui qui n' croit pas au progrès
Qu'il aille se faire pêcher ailleurs !

Combien sont-ils ? On ne sait pas
Un tas, une foule, un magma
Qui remplit quasi tout l'étang
Et qui se dit "Et maintenant ?
Eh bien, amis, croissons, croissons
On fait ça d'puis la nuit des temps
Y a qu' ça qu'est vrai, y a qu' ça qu'est bon
Hardis, haut les cœurs, en avant !"

Y a plus d' poissons, y a plus d'étang
Rien qu'un gros trou un peu puant
Où même les chats ne rodent plus
Ou alors ceux qui s' sont perdus
Plus d' papillons, plus de roseaux
Plus d' libellules jouant sur l'eau
Si vous voulez mon opinion
Les poissons sont des cons !

 

 

 

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