Pierre Ménoret

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Gardez-nous la Terre

Album :"Gardez-nous la Terre" (1992)

Y’a le vent qui bat sa pleine mesure.
L’orage qui joue le ciel en folie,
La pluie qui s’accorde…onde froide et dure,
Et la mer qui roule une symphonie.

Enjeu ou défi pour enfants du monde,
Temps de non-silence, air de liberté…
Au creux de nos mains, la prière gronde :
GARDEZ-NOUS LA TERRE…LAISSEZ-NOUS RÊVER…

A perte de vide et malgré nature,
Intensivement, taille ou bien saignée…
Forêts en sursis, fleuves en souillure,
Rivages vendus, montagnes violées.

A bout de lumière et d’envie de croire,
Musiques dérives et rires figés…
Images violence, absurdes et noires,
Idéal business, passion monnaie,

A contre-raison et le vague à l’arme,
Champs de la bêtise, peuples sacrifiés…
Pour Dieu ou pour rien, héritage en flammes,
Présent miradors, destin barbelés.

Au nom de la vie, pour le mieux de l’homme,
Croisades mensonge, trafics vérité…
Plastique ou béton, pétrole ou atome,
Pour un seul bonheur : le mythe progrès.

A force d’élans, de fêtes promises,
Horizon patience, phare volonté…
Voile plein soleil, course grande brise…
2000 ans « sagesse » ou néant « pointé ».

Y’a le vent qui bat sa pleine mesure,
L’orage qui joue le ciel en folie,
La pluie qui s’accorde… onde froide et dure,
Et la mer qui roule une symphonie.

Enjeu ou défi pour enfants du monde,
Temps de non-silence, air de liberté…
Au creux de nos mains, la prière gronde :
GARDEZ-NOUS LA TERRE…LAISSEZ-NOUS CHANTER…

Trop tard ou plus jamais

Album :"Au silence les poètes" (1991)

Pour les oiseaux de mille errances,
C’est fini…la joie de voler.
Que c’est vide…un ciel en silence !
Que c’est mort… des oiseaux crevés !
C’est là que j’aimais à attendre,
C’est là que aussi que j’espérais ;
Les amarres de l’âge tendre,
Cet âge-ci les a brisées.
Je me retrouve devant ce large
Où j’ai plongé tant de secrets…,
Avec la honte, presque la rage,
Et l’envie me vient de pleurer.

Pour les poissons de mille espaces,
C’est fini… le temps de nager.
Qu’elles sont froides…ces marées basses !
Qu’ils sont morts…ces poissons crevés !
Je sens des choses qui déchirent :
Impuissance, colère, regret ;
Mais je ne sais plus bien quoi dire…
Trop tard…ou alors plus jamais.
Il faut le croire, il faut le faire,
Et surtout ne pas oublier…,
Il faut tenir avec la mer
Contre les signes du « Progrès »

Pour les mollusques et pour les plantes,
C’est fini…l’abri des rochers.
Comme c’est nu…la côte est béante !
Comme c’est mort…des algues crevées !
A moins d’amour et de jeunesse,
Et de mesure dans l’intérêt,
Quant aux hommes et à leur sagesse…
Ce sera fini d’y compter.
Restera toujours une lame,
Sauve encore de nos péchés,
Pour emporter nos corps, nos âmes,
Jusqu’à…Jusqu’à…l’INFINITE…

Je vous salue, je vous salue la mer

Album :"Je vous salue la mer" (1983)

Je vous salue, vous salue la mer…
On se sent bien ici
Pour une paix entière.
C’est à vous que l’on vient
Quand les nuages passent,
Quand la lumière est froide,
Quand les amours s’effacent.
Roulez votre clémence,
Brisez votre colère…
Enfance retrouvée,
Je vous salue la mer.

Je vous salue, vous salue la mer…
Le ciel est avec vous
Entre toutes les terres.
Dans les siècles des siècles,
Votre voix déferlante
Jamais ne se taira,
Cruelle ou bienfaisante.
Contre votre grandeur,
Que semblent nos misères !
A nous, pauvres pêcheurs,
Il reste la prière.

Ave Mare, Ave Mare…

Je vous salue, vous salue la mer…
De vous je suis venu
Et en vous je me perds.
Parmi les chants du monde
Et entre tous ses bruits,
Celui de vos entrailles
Est profond et béni.
Tout orgueil englouti,
Jusqu’à plaider coupable,
Même la fin par vous
Doit être concevable.

Je vous salue, vous salue la mer…
Pleine d’emportements,
Immense, familière.
Vos flux et vos reflux,
Doit être concevable.

Je vous salue, vous salue la mer…
Pleine d’emportements,
Immense, familière.
Vos flux et reflux,
Comme le cœur du temps…
Au passage des hommes,
Votre balancement…
A l’heure de ma mort,
Et maintenant surtout,
Je vous salue la mer,
Je vous salue…, c’est tout…

Ave Mare, Ave Mare…

Les quatre éléments

Album :"Je vous salue la mer" (1983)

Je suis LE FEU et je couve tranquille ;
Je me ranime avec un peu de bois ;
Laisse la nuit s’étendre sur la ville,
Pousse la porte et viens autour de moi.
Mets ta fatigue au chaud de mon épaule ;
Ferme les yeux, présente-moi tes mains ;
Je fais si bon, tu es bien, je te frôle ;
Et je rougeoie et je te flamboie soudain.
Tu te méfies, bien sûr, de mes colères,
De mes éclats, de mes crépitements ;
Mais je fascine et j’ai l’art de te plaire ;
Mais je suis l’un de tes quatre éléments.

Et je suis L’EAU et je coule limpide ;
Humph ! Je coulais, il n’y a pas longtemps ;
Je deviens trouble et je m’use et me ride ;
Ta frénésie dépasse mes courants.
Je chante encore et je te désaltère ;
Tu plonges en moi, heureux comme un poisson ;
Mais je pourrais me tarir et me taire
Ou t’emporter avec tes illusions.
Plus que jamais mes vagues, mes orages,
Et mes tumultes et mes débordements
Te paraîtront comme autant de présages,
Car je suis l’un de tes quatre éléments.

Je suis LA TERRE et je te suis natale ;
Je te nourris et j’accueille les tiens ;
Je parle en fleurs, en tiges, en céréales ;
Ainsi ma voix te montre les chemins.
Toi qui me souilles et toi qui me remembres,
Toi qui t’inventes mon propriétaire,
Ne sais-tu pas que je glisse et je tremble,
Et puis…je n’aime pas le mot « frontière ».
Epargne-moi le chant de tes batailles ;
Ne m’abreuve pas toujours de ton sang ;
Laboure-moi, féconde mes entrailles ;
Moi qui suis l’un de tes quatre éléments.

Et je suis L’AIR, impalpable, invisible,
Je suis celui qui fait battre ton cœur ;
Par qui toute chose au monde est sensible,
Quand passe l’onde et change la couleur.
Pur et léger pendant des millénaires,
J’étais garant de ta sécurité.
Mais tes fumées, tes rêves nucléaires…
Je m’en remets à la fatalité…
Avant que de me rendre irrespirable,
Peut-être te viendra résolument
La conscience pleine et inébranlable
Que je suis l’un de tes quatre éléments

Oui, je suis L’HOMME et je parais fragile ;
Simple poussière, irresponsablement ;
Mais j’appartiens au troupeau imbécile,
Place au soleil, mon plaisir à la UNE,
Je vous marchande et je vous distribue ;
Si seulement une autre langue commune…
Un chœur parfait, toutes voix confondues…
Rêve insensé ou sagesse profonde,
Si je pouvais, définitivement,
Vous partager, sur le blason du monde :
En guise d’armes, mes QUATRE ELEMENTS !

Y'a mon pays... J'espère

Album :"Comme un rêve atlantique" (2003)

Du langage des fleurs au chant de la rivière,
De l’amitié de l’arbre à l’abri de la pierre,
Du printemps des collines aux tisons de l’hiver,
Y’a mon pays couleur, Y’a mon pays lumière ;

Du monde des légendes aux temps imaginaires
De la mémoire ancienne aux livres des chaumières,
De l’entour des chapelles au creux des sanctuaires,
Y’a mon pays conteur, y’a mon pays mystère ;

De la croisée des vents aux détours des clairières,
De la race des bardes aux lignées des corsaires,
De la voix survivance à la langue frontière,
Y’a mon pays sonneur, Y’a mon pays bannière.

Du portant de la vague à l’appel de la terre,
Du retour en chemin au départ en estuaire,
De la faim d’aventures au besoin de la mer,
Y’a mon pays pêcheur, y’a mon pays prière :

Des berceuses perdues aux refrains éphémères,
Des bombardes de noces aux tambours de la guerre,
Des marches en patience aux débords incendiaires,
Y’a mon pays frondeur, y’a mon pays colère :

Des racines d’un peuple au destin solitaire,
Du courage obstiné aux forces prisonnières,
Des élans moissonnés au hasard en jachères,
Y’a mon pays grandeur, y’a mon pays misère.

De l’âme du terroir aux lointains découverts,
Des cendres en exil aux fumées étrangères,
Des fêtes ravivées aux ondes mercenaires
Y’a mon pays d’ailleurs, y’a mon pays d’hier :

De rivage en béton à village en désert,
Du progrès qu’on dégaze au poison qu’on enterre,
Des silos – paysages aux troupeaux – containers,
Y’a mon pays qui pleure, y’a mon pays galère :

Du trop de sang coulé au rêve millénaire,
De l’image effacée au texte visionnaire,
Du manque de tout dire à l’envie de se taire
Y’a mon pays d’honneur, Y’a mon pays j’espère

Au livre de cet univers

Album :"Au livre de cet univers" (2005)

Au livre de cet univers,
Entre le sable et les oiseaux,
Il était une fois la mer…
A l’horizon rien que de l’eau.
C’était l’âge de la lumière
Pour un monde encore nouveau ;
C’était l’arbre, c’était la pierre,
C’était le vrai, c’était le beau.

Au livre de cet univers,
Entre le sable et les oiseaux,
il est une autre fois la mer…
Peut-être à l’horizon de l’eau.
Mais qu’a-t-on fait de la lumière !
Et quel est ce monde nouveau
Qui pourrit l’arbre et fend la pierre,
Dans la laideur et par le faux !

Au livre de cet univers,
Entre le sable et les oiseaux,
Il serait une fois la mer…
Sans horizon et puis sans eau.
Ce serait l’âge non-lumière
D’un monde en deça de zéro ;
Quand à l’arbre, quand à la pierre,
Ils ne seraient plus que chaos.

Au livre de cet univers,
Entre le sable et les oiseaux,
Pour…encore une fois la mer…
Que la vie renaisse de l’eau.
Il faut qu’éclate la lumière,
Dans un monde en plein renouveau,
Avec de arbres, avec des pierres,
Avec du vrai, avec du beau.

Avant que le temps se déchire,
Avant que meurent les oiseaux,
Avant que l’amour se retire,
Au bout de l’air, au fond de l’eau…

Avant que les étoiles pleurent,
Avant que tombe le rideau,
Avant que déchantent les heures,
Au fil de l’air, au gré de l’eau…

Il faut qu’éclate la lumière,
Dans un monde en plein renouveau,
Aved des arbres, avec des pierres,
Avec du vrai, avec du beau.

 

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