Polémil Bazar

horizontal rule

Site officiel : http://www.polemilbazar.com/

Kyoto  

Album : "Chants de mines"(2003)

Avant d'quitter l'plateau, caressé par la faux
Avant d'aller chez M. Jacques les pieds d'vant, les yeux clos
Ou juste avant d'coller sur ma plaque, étalé
De prendre au fond d'ma chaise et d'baver sur mon tablier

Avant d'être rabougri, viscéralement aigri
Avant qu'le soleil m'ait renié, que le bleu vire au gris
Avant ma soumission, ma décomposition
Mon abandon, ma perte et ma fatale isolation

J'aimerais bien savoir à quoi sers-je?
J'aimerais voir une forêt vierge
J’voudrais comprendre pourquoi Tout?
Et ne plus rien vouloir du tout

J'aimerais voler, quitter ma tête
Aller semer partout la fête
Visiter Bagdad à vélo
J'voudrais respirer l'air de Kyoto

Avant la guerre de l'eau, le hamburger bio
L'air pur en contrebande, avant les orgasmes en réseaux
Avant qu'un bras nous pousse dans l'front, que l'on ait tous
Une poignée dans l'dos, des ornières, la stupeur et la frousse

Avant les Epsilons, les manipulations
La greffe de bonne conscience, avant l'uniformisation
Avant l'cancer de l'âme et l'ablation du charme
L'interdiction d'l'humour et l'obligation du port d'arme

J'aimerais bien savoir…

Avant que d'avoir honte et que la tension monte
Si haut qu'on n'y puisse plus rien faire, avant le vrai décompte
Avant d'avouer qu'on savait tout ça, mais qu'on
N'y changeait rien vu qu'ça nous convenait bien de rester con-

Damnés, voués à l'échec et mat, avant qu'un chèque
Vaille plus cher que son signataire et sa famille avec
Avant qu'on ait détruit tout jusqu'au dernier fruit
Que les lois du marché nous aient totalement abrutis

J'aimerais bien savoir à quoi sers-je?
J'aimerais voir une forêt vierge
J’voudrais comprendre pourquoi Tout
Et ne plus rien vouloir du tout

J'aimerais voler, quitter ma tête
Aller semer partout la fête
Visiter Bagdad à vélo
Respirer l'air de Kyoto

J'aimerais bien savoir à quoi sers-je?
Qui faudrait croire et vers où vais-je?
Visiter Prague et Tombouctou
Stalingrad et Ouagadougou

J'aimerais voler, quitter ma tête
Aller semer partout la fête
Visiter Bagdad à vélo
J’voudrais respirer l'air de Kyoto

Aux quatre coins de la sphère  

Album : "Avale ta montre" (2006)

Au sud, en amont du grand fleuve contaminé de fiel
Se dresse un palais buvant la lumière
Au faîte de ce château pleuvent des flammes vers le ciel
Le feu du sang extorqué à la terre
Le magnat de ces fourneaux déverse dans l’azur
Un parfum de plomb riche et délétère
Ce Roi, impassible salaud, cinglant de démesure
Transforme l’or, les forêts, l’eau et l’air
À l’est, au-delà de la mer, un désert, un royaume
Où des soleils se lèvent au cœur de la nuit
Le mal étranger, mercenaire, a pénétré le dôme
Et la mort s’y porte mieux que la vie
Il puise, épuise et colporte sa morale guerrière
Et rapporte son butin, ses barils
Ailleurs, dans de riches cohortes, hypocrites et prospères
Loin de l’épicentre des barbaries
Aux quatre coins de la sphère, un avant-goût de l’enfer
Et v’là qu’on s’demande pourquoi ça n’tourne pas rond?
En cette ère de l’éphémère, des aveugles visionnaires
Mènent le monde, méprisant la raison
Au nord, un désert boréal, beau et blanc, tout de neige
S’érode comme sagesse et savoir
Soumis, un peuple immémorial, mille fois pris au piège
Impuissant, voit fondre terre et espoir
Le Roi se réjouit de la fonte car une voie se dessine
Un raccourci pour ses bateaux de guerre
Que diable si les marées montent, les tempêtes assassinent
Les tours sont loin du niveau de la mer
À l’ouest, chez le nombril du monde, la paranoïa règne
Et la liberté n’a qu’une seule couleur
On dort sur un volcan qui gronde, on cultive la haine
En chantant la Mélodie du bonheur
Outrances et gaspilles à la chaîne sont au menu du jour
Et le je-m’en-foutisme fait la loi
Et tourne la roue qui ramène et ramènera toujours
L’homme à la bête et les richesses au Roi
Chez moi, des idées noires abondent : la honte, la colère
Et le fantasme de voir s’effondrer
Ces tours de feu nauséabondes, cet empire pervers
D’indifférence et d’inhumanité
Ici, dans mon cœur, dans ma bulle, au lieu d’une prière
Un espoir difficile à formuler
Fragile, naïf et minuscule; une bouteille à la mer
Espoir qu’enfin tout pourrait basculer
Aux quatre coins de la sphère, dans un éclat de lumière
Les voix se libèrent et entament à l’unisson
Un chant pour la Terre Mère sur un air salutaire
D’où jaillit l’espoir, triomphe la raison

 

Retour  Page Inventaire  Retour à la Base thématique