Renaud

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Fatigué 

Album  "Mistral Gagnant" (1985)

Jamais une statue ne sera assez grande
Pour dépasser la cime du moindre peuplier
Et les arbres ont le cœur infiniment plus tendre
Que celui des hommes qui les ont plantés
Pour toucher la sagesse qui ne viendra jamais
Je changerai la sève du premier olivier
Contre mon sang impur d'être civilisé
Responsable anonyme de tout le sang versé

Fatigué, fatigué
Fatigué du mensonge et de la vérité
Que je croyais si belle, que je voulais aimer
Et qui est si cruelle que je m'y suis brûlé
Fatigué, fatigué

Fatigué d'habiter sur la planète Terre
Sur ce brin de poussière, sur ce caillou minable
Sur cette fausse étoile perdue dans l'univers
Berceau de la bêtise et royaume du mal
Où la plus évoluée parmi les créatures
A inventé la haine, le racisme et la guerre
Et le pouvoir maudit qui corrompt les plus purs
Et amène le sage à cracher sur son frère

Fatigué, fatigué
Fatigué de parler, fatigué de me taire
Quand on blesse un enfant, quand on viole sa mère
Quand la moitié du monde en assassine un tiers
Fatigué, fatigué

Fatigué de ces hommes qui ont tué les indiens
Massacré les baleines, et bâillonné la vie
Exterminé les loups, mis des colliers aux chiens
Qui ont même réussi à pourrir la pluie
La liste est bien trop longue de tout ce qui m'écœure
Depuis l'horreur banale du moindre fait divers
Il n'y a plus assez de place dans mon cœur
Pour loger la révolte, le dégoût, la colère

Fatigué, fatigué
Fatigué d'espérer et fatigué de croire
A ces idées brandies comme des étendards
Et pour lesquelles tant d'hommes ont connu l'abattoir
Fatigué, fatigué

Je voudrais être un arbre, boire à l'eau des orages
Pour nourrir la terre, être ami des oiseaux
Et puis avoir la tête si haut dans les nuages
Pour qu'aucun homme ne puisse y planter un drapeau
Je voudrais être un arbre et plonger mes racines
Au cœur de cette terre que j'aime tellement
Et que ces putains d'hommes chaque jour assassinent
Je voudrais le silence enfin et puis le vent

Fatigué, fatigué
Fatigué de haïr et fatigué d'aimer
Surtout ne plus rien dire, ne plus jamais crier
Fatigué des discours, des paroles sacrées

Fatigué, fatigué
Fatigué de sourire, fatigué de pleurer
Fatigué de chercher quelques traces d'amour
Dans l'océan de boue où sombre la pensée

Fatigué, fatigué

Le déserteur 

Album : "Morgane de toi" (1983)

 

Monsieur le Président

je vous fais une bafouille

que vous lirait sûrement 

si vous avez des couilles

Je viens de recevoir un coup de fil de mes vieux 

pour prévenir que les gendarmes s'étaient pointés chez eux 

j'ose pas imaginer ce que leur a dit mon père

Lui les flics les curés et puis les militaires

ils les a vraiment dans le nez peut-être encore plus que moi

dès qu'il peut en bouffer, vieil anar y s'gène pas

vieil anar y'se gène pas

 

 

Alors il paraît qu'on me cherche, la France a besoin de moi

c'est con je suis en Ardèche il fait beau tu me crois pas

je suis là avec des potes des écolos marrants 

on a une vieille bicoque on la retap' tranquillement

on fait pousser des chèvres on fabrique des bijoux

on peut pas dire qu'on s'crève le travail c'est pas pour nous

on a des plantations pas énorme, trois hectares,

d'une herbe qui rend moins con, non c'est pas du ricard

non c'est pas du ricard

 

Monsieur le Président je suis un déserteur

de ton armée de gland de ton troupeau de branleurs

Y z'auront pas ma peau toucheront pas à mes cheveux

j'saluerai pas le drapeau j'marcherai pas comme les boeufs

j'irai pas en Allemagne faire le con pendant douze mois

dans une caserne infâme avec des plus cons que moi

j'aime pas recevoir des ordres j'aime pas me lever tôt

j'aime pas étrangler le borgne plus souvent qu'il ne faut

plus souvent qu'il ne faut

 

Et surtout ce qui me déplait c'est que j'aime pas la guerre

et qui c'est qui la fait bin c'est les militaires 

ils sont nuls Y'sont moches et pis y sont teigneux

maintenant je vais te dire pourquoi je veux jamais être comme eux

quand les russes les ricains feront péter la planète

moi j'aurai l'air malin avec ma bicyclette 

mes pantalons trop courts mon fusil mon calot

ma ration de topinambourgs et ma ligne Maginot

et ma ligne maginot

 

Alors me gonfle pas, ni moi ni tous mes potes

je n'serai jamais soldat, j'aime pas les bruits des bottes

t'a plus qu'à pas t'en faire et construire tranquillos 

tes centrales nucléaires, tes sous-marins craignos

mais va pas t'imaginer, Monsieur le Président 

que je suis manipulé par les rouges et les blancs

je ne suis qu'un militant du parti des oiseaux 

des baleines des enfants de la terre et de l'eau

de la terre et de l'eau

 

Monsieur le président pour finir ma bafouille

je veux t'dire simplement ce soir on fait des nouilles

la ferme c'est le panard si tu veux viens bouffer

on fumera un pétard et on pourra causer

on fumera un pétard et on pourra causer

Ourson prisonnier 

Album  "Les Introuvables" (1995)

Un ourson en liberté
c'est mignon
un ourson dans la forêt
c'est trognon
dans les champs dans les vallons
sortant du creux des buissons
respirant à pleins poumons
l'air de la terr' qui sent bon
c'est mignon

Mais quand il est enfermé
même un papillon léger
qui lui vole sous le nez
est plus heureux que l'ourson

prisonnier
prisonnier

Un ourson en liberté
c'est mignon
un ourson au bout du pré
c'est trognon
finissant de grignoter
les noix qu'il vient de casser
ou le museau barbouillé
de fraises des bois écrasées
c'est mignon

Mais quand il est enfermé
une petite souris pressée
qui lui court entre les pieds
est plus heureuse que l'ourson
prisonnier
prisonnier

La la la...

un papillon tout léger
une petite souris pressée
peuv'nt traverser le fossé
oui mais pas le pauvre ourson
prisonnier
prisonnier

Tant qu'il y aura des ombres 

Album  "Marchand de cailloux" (1991)

Tant qu'il y aura des ombres
Des truites et des vandoises
Croule la terre, craque le monde
Nous irons dans les eaux turquoises
Les rivières profondes ...

Du matin clair au soir qui tombe
Quand le ciel soudain s'embrase
Nous sommes et resterons bon nombre
A guetter la bête sournoise
Et ses reflets d'argent dans l'ombre ...

Tant qu'il y aura des ombres
Nous, les deux pieds dans la vase
Oublierons pour quelques secondes
Qu'il ne changera de base
Cet abominable monde ...

Avant la grande hécatombe
Avant qu'on ne nous écrase
Sous une averse de bombes
Qui noiera ce monde nase
Nous les chevaliers de l'onde
Garderons le cœur turquoise

Tant qu'il y aura des ombres
Des truites et des vandoise ...

26 Avril 

Album  "Rouge sang" (2006)

Un sarcophage de béton
Triste présage macabre non
Une fragile chape de plomb
Pour un futur nommé Armaguedon
Armaguedon
Les maisons le ciel la terre
Les hommes, les enfants, les rivières
Les animaux, la vie entière
Ont disparu dans la poussière
Dans la poussière
Nucléaire
Nucléaire

Tchernobyl respire encore
Le ventre n’est pas encore mort
D’où a surgi la sombre aurore
Ce monstre invisible qui dévore
Les apprentis sorciers d’hier
Sont toujours bien vivants, prospères
Les marchands d’armes sont milliardaires
Et EDF nous éclaire
Nous éclaire
Oh nucléaire
Oh nucléaire
Nucléaire
Nucléaire

Armes chimiques, morceaux de pierre
Les hommes s’entretuent entre frères
L’être humain porte en lui la guerre
Comme l’orage porte l’éclair
Mais fallait-il être pervers
Pour inventer ce feu d’enfer
Qui fera demain sur la terre
Tomber un éternel hiver
Eternel hiver
Nucléaire
Nucléaire
Nucléaire
Nucléaire
Nucléaire
Nucléaire

La petite vague qui avait le mal de mer

Album  "Les introuvables" (1995)

Il était une fois une petite vague perdue au milieu de l'océan, une petite vague de rien du tout, quelques centimètres de haut, à peine plus large, une petite vague insignifiante et anonyme, ressemblant comme une goutte d'eau aux millions de petites vagues voyageant sur les mers depuis des millions d'années au gré des vents etdes marées. Mais, vous vous en doutez, si je vous raconte ici son histoire, c'est qu'elle était différente de ses petites sœurs. Pas physiquement, non, mais dans son petit
cœur de petite vague, cette petite vague avait bien du vague à l'âme. Son papa et sa maman étaient deux grosses vagues énormes et rugissantes, deux magnifiques déferlantes qui s'étaient croisées une nuit de tempête, l'abandonnant aussitôt née à son destin de vaguelette, orpheline et désemparée. Son père avait été plus tard emporté dans un ouragan, s'était accroché à un cyclone et, dans un tonnerre d'écume et de vent, était parti ravager les terres les plus proches d'où il n'était jamais revenu. Sa mère, poussée par un vent du nord, connut une fin tout aussi aventureuse mais bien plus sympathique. Les courants marins la portèrent jusqu'aux côtes d'un pays si chaud qu'elle s'évapora, monta au ciel en millions de gouttes d'eau et, après avoir voyagé dans un gros nuage lourd, retomba en pluie sur des terres arides où, la vie, absente par manque d'eau, revint bientôt. Depuis des siècles qu'elle ondoyait à la surface de l'eau, avec pour seule compagnie l'écume et le vent, avec pour seul horizon l'horizon, pour seul spectacle celui du jour se levant et du soleil couchant, la petite vague s'ennuyait à mourir et ne supportait plus de vivre au milieu de l'océan. Bref, la petite vague avaitle mal de mer. Elle avait bien eu parfois, des années auparavant, la visite de quelques baleines venues percer la surface de l'eau, dans un grand geyser d'écume et des milliards de gouttes d'eau s'éparpillant dans le ciel comme une pluie de diamants, mais les baleines chassées par les hommes avaient bientôt disparu elles aussi. Sa vie s'écoulait monotone. Au fil des jours de calme plat ou des nuits de tempête, la petite vague attendait vaguement, sans trop y croire, un miracle météorologique qui l'emporterait vers d'autres cieux. Elle redoutait par-dessus tout ces nuits de pleine lune où l'océan devient lisse comme un miroir, où même le vent ne chante plus, où les vagues petites et
grosses s'aplatissent jusqu'à se confondre en une immense étendue d'eau infinie, immobile et sans vie. Elle n'aimait pas non plus la houle qui la faisait rouler, craignait les ouragans qui la malmenaient et se méfiait des mers démontées ou hachées qui
risquaient de la séparer de ses amies, les petites vagues insouciantes qui l'accompagnaient, insensibles, elles, au vague à l'âme et au mal de mer. La petite vague n'avait jamais vu un bateau. La petite vague n'avait jamais vu un baigneur, ni le moindre
pédalo, jamais vu le bord de l'eau .La petite vague en avait par-dessus la crête de passer sa vie à faire des vagues, la petite vague écumait de rage de n'avoir jamais vu la plage. Elle rêvait qu'un vent malin viendrait un jour la conduire sur le sable doré
d'une plage ensoleillée. Ah, enfin pouvoir rouler, chanter, rebondir et me briser sur les galets, songeait-elle, venir chatouiller les doigts de pieds des enfants, entendre leurs cris à mon approche, aller, venir, descendre et remonter, m'éparpiller au milieu des
coquillages, des algues et des petits poissons argentés, me reformer en grondant pour de rire, en faisant semblant d'attaquer, et repartir en emportant un ballon oublié, et puis le ramener dans un tourbillon de mousse et d'eau salée. La petite vague pensait aux vacances qu'elle ne connaîtrait jamais. Lorsqu'une grosse vague, à quelques brasses d'elle, cria "Terre à l'horizon !". La petite vague n'en crut pas ses oreilles. Elle se précipita vers sa grande sœur, se hissa sur son dos et distingua vaguement
à l'horizon la ligne sombre d'une terre inconnue. Elle recommença l'opération unedeuxième fois, puis une troisième. À chaque fois, un élément nouveau lui apparut. Une ville, un port, une plage. Les courants maintenant la tiraient vers la côte, la
charriaient comme un fétu de paille poussé par le vent. Elle sentit bientôt son eau se réchauffer et l'air marin se charger des odeurs de la terre. Pour la première fois de sa vie la petite vague respira le parfum des forêts, des villes et des campagnes, des
animaux et des hommes. Elle en fut d'abord émerveillée, puis l'émerveillement fit place à l'étonnement, enfin à la déception. Les odeurs nauséabondes de gaz carbonique qu'elle découvrait lui rappelaient étrangement celles des nappes de pétrole qu'elle
avait parfois croisées dans sa longue vie de petite vague au milieu de l'océan. Et comme elle pensait à cela, déterminée malgré tout à atteindre cette plage dont elle rêvait depuis si longtemps, elle rencontra une de ces nappes de pétrole dérivant au fil de
l'eau, au gré des courants, et s'y englua. Elle réussit à s'en échapper après bien des efforts, aidée par un courant ami qui l'emmena bientôt presque au bord de la plage. Des enfants s'y amusaient. Des adultes allongés, immobiles, semblaient y dormir, insouciants du soleil qui leur brûlait la peau. Des chiens couraient, des mères criaient après leurs enfants, des papas après maman, des adolescents faisaient hurler leurs transistors et des baraques à frites enfumaient le tout d'une odeur d'huile chaude qui se mêlait à celle dont les corps étaient enduits. La petite vague ralentit son avance. Elle rencontra bientôt une eau saumâtre, mais personne ne lui dit qu'il s'agissait des égouts de la ville qui se déversaient là. Elle croisa quelques bouteilles en plastique, des sacs poubelle, des détritus de toutes sortes, fut presque coupée en deux par un gros monsieur rougeaud hissé sur une planche à voile, avant de s'échouer enfin au bout de son voyage, au bout de son rêve, sur le sable grisâtre de la plage au milieu des tessonsde bouteille, des capsules de bière et des châteaux écroulés des enfants agités. Jamais le vague à l'âme de la petite vague n'avait été si grand. Elle ne s'attarda guère sous les pieds palmés. Quelques aller retour à brasser les ordures et
elle s'en fut dans le sillage d'un bateau à moteur qui frôlait les baigneurs, rejoindre le grand large qu'elle regrettait déjà d'avoir quitté. Alors qu'elle longeait la côte, suivie de près par quelques amies vaguelettes aussi déçues qu'elle par la fréquentation des humains, elle entendit, venant de la terre, des petits cris stridents, à peine perceptibles, presque des sifflements. Ils n'avaient rien de commun avec les cris des enfants braillards de la plage. La petite vague avait déjà entendu ces cris quelques
années auparavant, peut-être quelques siècles. Un jour que des dauphins étaient venus la frôler, courir sous elle, jouant dans son écume, brisant sa crête de leurs ailerons pointus. Comment les cris d'un dauphin pouvaient-ils venir de terre ? La petite vague se dirigea de nouveau vers la côte, guidée par les sifflements, comme un navire perdu dans la nuit est guidé par la lueur du phare. Derrière une digue se dressaient les hauts murs d'un Marineland. La petite vague ignorait qu'on enfermait des orques et des dauphins dans des bassins pour le plaisir des petits terriens. Mais il ne fut pas nécessaire de lui faire un dessin: elle comprit vite que des créatures marines étaient prisonnières ici. A l'instant où, provenant distinctement de derrière ces murs, les sifflements reprirent, elle vit bondir en l'air un magnifique dauphin gris argenté qui, après avoir semblé
s'immobiliser une fraction de seconde dans le ciel, retomba dans un grand "splatch" dans son bassin-prison. Un tonnerre d'applaudissements accompagna lapirouette. La petite vague n’avait pas rêvée le dauphin dans son bond majestueux avait tourné la tête vers la mer, et son regard triste avait croisé le sien. Ce regard avait lancé un SOS, avait jeté une bouteille à la mer avec comme message: vient me délivrer. La petite vague qui n’aimait pourtant pas faire de vagues décida aussitôt qu’il fallait agir. Elle commença par alerter toutes les petites vagues qui voguaient autour d’elle en leur recommandant d’alerter à leur tour toutes les vagues des alentours jusqu’au fin fond de l’océan. Bientôt de grosses vagues arrivèrent guidées par la rumeur qui s’amplifiait en se colportant de vague en vague selon laquelle une toute petite vague de rien du tout voulait attaquer la côte pour délivrer un dauphin prisonnier à terre. L’histoire fit grand bruit, le vent la fit voyager de port en port, et devant l’importance de la tâche à accomplir devint bourrasque, vent de folie, vent de tempête. Le soir venu l’océan entier était en furie. Des vagues hautes comme des maisons étaient venues prêter main forte à la petite vague qui en oublia du coup son vague à l’âme et son mal de mer. Les vents, les courants et les vagues se jetèrent alors sur la côte et cette nuit fut une nuit de tempête comme aucune nuit et aucune mer n’en connurent jamais. Les hommes se cachèrent dans leurs maisons, volets fermés. Les bateaux de pêcheurs rentrèrent bien vite au port où, malgré l’abri des digues et des jetées, leurs amarres furent malmenées. Mais le plus fort de l’assaut du vent et de l’eau fut contre les murs du Marineland. Des déferlantes vinrent s’y briser 10 fois, 100 fois, des murs d’eau salée poussés par des vents furieux et des courants déchaînés vinrent en lézarder les fondations, en briser le faite jusqu’au moment où dans un grand fracas les murs des bassins cédèrent sur ces coups de boutoirs. Le reflux d’une vague gigantesque entraîna avec lui des murs en miettes. La vague suivante emporta avec elle dauphins, orques, otaries et autres morses, tous ces mammifères marins désormais libres de regagner leur élément naturel, l’océan immense, la liberté. Presque aussitôt le vent tomba et la mer se calma. La tempête avait duré quelques heures et n’avait finalement fait d’autres ravages que sur les murs de cette prison désormais vides. La petite vague repartit au large avec ses grandes sœurs qui bientôt se calmèrent, s’arrondirent puis s’aplatir jusqu’à ne plus devenir qu’un léger clapotis à la surface de l’eau. Les dauphins s’éloignèrent aussi de la terre et disparurent à l’horizon d’où ils ne revinrent jamais. Si un jour en mer, tu vois passer un banc de dauphins comme il arrive souvent qu’ils viennent, peu rancuniers envers les hommes, jouer le long de l’étrave des navires, regarde bien derrière eux, dans leur sillage, tu verras toujours une petite vague qui les accompagne, une petite vague insouciante et joyeuse, une petite vague amoureuse des animaux libres dans l’océan, une petite vague qui n’a plus de vague à l’âme et plus de mal de mer.

Rouge sang 

Album  "Rouge sang" (2006)

Entre ce sang qui coule sur le sable de l’arène
Et fait vibrer la foule barbare inhumaine
Ce sang rouge qui jaillit comme l’eau des fontaines
Du taureau accroupi sous l’acier madrilène

Et puis le sang versé hier à Tien an men
Qui a éclaboussé vos mémoires et la mienne
Comme une étrange ressemblance même douleur même peine
Comme une étrange ressemblance même couleur d’où qu’il vienne

Entre ce sang qui coule sur les flancs des baleines
Harponnées dans la houle décimées par centaine
Celui des loups ou des ours dans les steppes lointaines
Abattus dans leurs courses pour une vie sans chaîne

Et le sang qui rougit la peau de porcelaine
De ses enfants d’Asie, Birmanes, Tibétaines
Comme une étrange ressemblance même douleur même peine
Comme une étrange ressemblance même couleur d’où qu’il vienne

Six milliards de conscience et combien appartiennent
A cette triste engeance à ce troupeau de hyènes
Qui voit les différences entre toutes les peines
Ces torrents de souffrances animales ou humaines
La mort est un théâtre dans tous les cas obscènes
Le rouge écarlate coule des mêmes veines
Comme une étrange ressemblance même douleur même peine
Comme une étrange ressemblance même couleur d’où qu’il vienne
Comme une étrange ressemblance même douleur même peine
 

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