Anne Sylvestre

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Un bateau mais demain

Album : "J'ai de bonnes nouvelles" (1978)

Un bateau s’est cassé baptiste
Nous n’irons plus sur les rochers
Les gens de la côte sont tristes
Ils ont le cœur tout arraché

Un bateau s’est cassé, Il sombre,
Bien sûr ! Ce n’est pas le premier
Mais avec lui s’approche l’ombre
Nous n’irons plus jamais pêcher

Un bateau s’est cassé Gaëlle
Il vomit du noir assassin
Il tue la mer et avec elle
Tout ce qui vivait dans son sein

Il endeuille à jamais les plages
Il désespère les marins
Empoisonne les coquillages
Et les oiseaux mourront demain

On me dira reste à ta place
Occupe toi donc des enfants
Avec quoi veut-on qu’on les fasse
Ces chansons de vagues et de vent

Avec quoi veut-on qu’on les berce
Tous ces enfants désenchantés
Quand je pense ce qu’on leur laisse
Je n’ose plus les regarder

Un bateau s’est cassé Carole
Un bateau empoissonne tout
Et les beaux poèmes s’envolent
On vit dans un monde de fous

Demain ça en sera un autre
Et pourquoi ça s’arrêterait
On se repassera la faute
La belle jambe que ça nous fait

Un bateau s’est cassé Grégoire
On veut déjà nous rassurer
Et pourtant c’est la mer à boire
A boire et puis à en crever

Un bateau mais demain Karine
Puisqu’un bateau a pu faillir
Demain ça sera une usine
Qui sera la mort à venir

On me dira vas-tu te taire
Mais demain tout sera foutu
Qu’on t-il fait de notre terre ?
Nous n’irons plus, nous n’irons plus

Nous n’irons aux bois les mômes
Tous les arbres sont défeuillés
Restera t-il quelques fantômes ?
Pour dire nous avons été.

Un bateau s’est cassé Armelle
Et nous irons sur les rochers
Avec nos seaux avec nos pelles
Comme si rien n’avait changé

Mais ça ne sera pas du sable
Nous n’y ferons pas de châteaux
Dans tout ce noir irréparable
L’espoir s’enlisera bientôt…

TOUT COMME CREVENT LES OISEAUX

Le Lac Saint-Sébastien

Album : "Partage des eaux" (2000)

Tiens se dit le lac Saint-Sébastien
Je ne comprends pas ces humains
Ils sont si pleins de turbulence
Je crois qu’ils ont peur du silence
Ils s’imaginent réfléchir
Moi je sais ce que ça veut dire

Tiens se dit le lac Saint-Sébastien
Oh je leur expliquerais bien
Qu’il faut qu’il n’y ait pas un souffle
Ou bien l’image se boursoufle
On ne distingue plus le front
Le ciel est comme un vieux chiffon

Mais près de moi vit une humaine
Je la vois quand elle se promène
Et si parfois elle parle haut
Elle connaît la langue de l’eau

Tiens se dit le lac Saint-Sébastien
Elle dit que nous sommes cousin
Que les humains sont très liquides
Mais ils ne sont pas translucides
Où sont leurs truites, leurs brochets
Il faut croire qu’il les cachait

Tiens se dit le lac Saint-Sébastien
Sans doute ils n’y comprennent rien
L’eau qu’ils possèdent, ils la salissent
Ils y jettent leurs immondices
Et quand elle est bien polluée
Disent qu’il faut la purifier

Mais près de moi vit une humaine
Je la vois quand elle se promène
Et si parfois elle parle haut
Elle connaît la langue de l’eau

Tiens se dit le lac Saint-Sébastien
Ils sont étranges ces humains
Quand ils détournent des rivières
Ils sont parfois très en colère
Si elles vont regagner leur lit
Après avoir tout englouti

Tiens se dit le lac Saint-Sébastien
Je crois qu’ils ne font pas le lien
Entre toutes les eaux du monde
Moi je sais qu’elles correspondent
Et qu’en la plus petite flaque
Il y a l’espérance d’un lac

Mais près de moi vit une humaine
Je la vois quand elle se promène
Et si parfois elle parle haut
Elle connaît la langue de l’eau

Tiens se dit le lac Saint-Sébastien
Ils se battent comme des chiens
Ils sont chiens quand ça les arrange
Et puis se prennent pour des anges
Comme si d’être ce qu’ils sont
Leur donnait un mauvais frisson

Tiens se dit le lac Saint-Sébastien
Ils s’improvisent magiciens
Ils déracinent, ils bétonnent
Ils font le vide et ils s’étonnent
Que les saisons aillent de travers
Et que s’étende le désert

Mais près de moi vit une humaine
Je la vois quand elle se promène
Et si parfois elle parle haut
Elle connaît la langue de l’eau

Tiens se dit le lac Saint-Sébastien
Je refroidis l’hiver s’en vient
Bientôt se formera ma glace
Dessous j’aurais toute la place
Pour moi le gel est bienvenu
Je n’aime pas les arbres nus

Tiens se dit le lac Saint-Sébastien
Je vais rêver à ces humains
Ils seront encore là j’espère
Quand mes eaux redeviendront claires
Et que se poseront les huards
Pourvus qu’ils n’aient pas de retard

Et que près de moi cette humaine
Ait traversée l’hiver sans peine
Qu’elle vienne avec les oiseaux
Me parler la langue de l’eau

Le bonhomme bleu marine

Album : "Fabulettes marines 6" (1985)

C'était un bonhomme bleu
Bleu marine
Des orteils jusqu'aux cheveux
Tu imagines
Il surveillait l'horizon
Il dorlotait les poissons
Il tutoyait les bateaux
Et même quand il se levait tôt
Il chantait à pleins poumons
Une drôle de chanson

Tu ne jette pas ta poubelle
Dans l'eau de ton bain
Tu ne fais pas la vaisselle
Dans la soupière des voisins
Et la mer qui est si belle
Garde-la bien garde-le bien

Quand dans sa barbe il chantait
Sur la plage
Tous les enfants le suivaient
Grand tapage
Il ramassait les mégots
Les plastiques au bord de l'eau
Il brûlait les vieux papiers
Et les enfants venaient l'aider
Chantant tous à l'unisson
Cette drôle de chanson

Tu ne jettes pas...

Il voulait que sa chanson
Sa rengaine
Aille jusqu'à l'horizon
Et revienne
Il posa pour des photos
Il chanta à la radio
Les journaux et la télé
Sont venus pour l'interviouver
Bientôt toute la région
A chanté sa chanson

Tu ne jettes pas...

Alors le bonhomme bleu
Bleu marine
S'est retrouvé très heureux
Tu devines
Car à force de chanter
Qu'il fallait la protéger
À la mer on n'osa plus
Déverser tous ses rebuts
On oublia pour de bon
Cette drôle de chanson

Tu ne jettes pas...

Le jour où ça craquera

Album : "Lazare et Cécile" (1965-66)

{Refrain:}
Le jour où ça craquera, je veux être dans tes bras
Quand, à force de n'y pas croire, notre monde explosera,
quand se fera la nuit noire, je veux être dans tes bras.
Au diable ces lois trop grandes qui de nous disposeront.
Moi, simplement je demande que ça ne soit pas trop long.
{au Refrain}
Comme ça n'est pas mon affaire d'mourir en sachant pourquoi,
j'oublierai bientôt, j'espère, tout ce qui n' sera pas toi.
Moi, pourvu que je te tienne, avec toi les yeux fermés,
toi et moi, quoi qu'il advienne, que nous partions les premiers.
{au Refrain}
Qu'il n'y ait pas d'inventaire, qu'on ne puisse regretter
ce qu'il nous restait à faire, à faire et puis à aimer.
Qu'on ne pense pas aux branches, qu'on ne pense pas au vent,
que ça ne soit pas dimanche ou qu'on nous achève avant.
{au Refrain}
Qu'on ne fasse pas la somme des bonheurs que nous perdrons.
Qu'on ne sache jamais comme vieillir nous eût été bon.
Pense à toutes ces années, pense à ces printemps perdus,
et la Méditerranée, faut-il qu'elle ne soit plus?
{au Refrain}
Pense aux moissons dans les granges,
pense aux raisins de chez nous. Je sais bien que je mélange:
quand on aime, on aime tout. Pense aux plongeons dans l'eau verte, aux réveils de chaque jour, 
quotidienne découverte des yeux neufs de notre amour.
{au Refrain}
Alors plus jamais la neige et plus jamais le soleil.
Oh! comment supporterai-je qu'on fasse un gâchis pareil?
Non, puisqu'on sera ensemble, tu me tiendras fort 
fort et juste avant que ça tremble, juste avant nous serons morts.
{au Refrain}
Aujourd'hui, tu dois me croire, c'est pour toi que je vivais.
En attendant la nuit noire, ne me quitte plus jamais.
Je ne veux plus penser même qu'il y avait un ciel bleu.
Je souhaite à tous ceux qui s'aiment de mourir comme nous deux.
{au Refrain}

 


 

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