Henri Tachan

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La chasse

Album : L'intégrale, Vol3:cdn°1.  Date 1ère sortie "Master série"Vol1 (1975)

Sur un'e boîte de conserve, sur un pigeon d'argile, vains dieux, c'est
pas pareil :
Pour les chasseurs, les vrais, il faut de la chair tiède avec du sang
Vermeil,
Pour les chasseurs, les vrais, il faut que ça palpit'e de plumes et de
Ramage,
Il faut que ça ait peur, il faut que ça se sauve, bref, que ce soit
"Sauvage"...

La Chasse,
C'est le défoul'ment national, c'est la soupape des frustrés,
La Chasse,
C'est la guéguerr'e permise aux hommes en temps de paix !

Chaque mois de septembre, le plumet au chapeau, ils part'ent comme en
Quarante,
Ranimer la flaflamme du Chasseur Inconnu qu'avait du poil au ventre,
En cart'e comme les putes, ils dragu'ent à Rambouillet, ils tapin'ent
En Sologne,
Mais quand ils tir'ent leur coup, le client de passag'e se réveille
Charogne...

La Chasse,
C'est le défoul'ment national, c'est le coït des frustrés,
La Chasse,
C'est la guéguerr'e permise aux hommes en temps de paix !

Regardez-les marcher, l'arrogance au visage, le cœur sur la gachette,
Ces spadassins rentrés, ces héros d'Epinal, ces tueurs de fauvettes,
Regardez les marcher, ces Zaroff de banlieue, ces Hemingway d'Neuilly,
Vers le trou à lapin, vers la mare à canards, y fair'e leur safari...

La Chasse,
C'est le défoul'ment national, c'est la Villette des frustrés,
La Chasse,
C'est la guéguerr'e permise aux hommes en temps de paix !

Les soldats ça s'enraye, les soldats ça se rouille, c'est comm'e les
Carabines,
Le servic'e militair'e ça s'continue plus tard à coups de chevrotines :
Pour le chasseur français y avait le perdreau boche ou le lièvre fellouze,
Pour le chasseur franquiste l'anarchiste rouge-gorge et la chienne
Andalouse...

La Chasse,
C'est le défoul'ment national, c'est le p'tit Vietnam des
Frustrés,
La Chasse,
C'est la guéguerr'e permise aux hommes en temps de paix,
De paix ?!

Goupil

Album : "Une pipe à pépé" (1978) et L'intégrale, Vol.3:cdn°2.

Renardeau, mon frangin,
On est dans l' mêm' pétrin,
Cernés de chiens et de chasseurs,
Renardeau, mon cousin,
Je te tiendrai la main,
La patt', jusqu'à la dernière heure,
On était partis de bonne foi,
Toi, du terrier, moi, de mon toit,
Avec chaleur,
Au devant des fous et des rois,
Devant nos congénères, ma foi,
De tout notr' cœur !

Ta vie,
On te la joue à face ou pile,
Pardi,
On est poète ou imbécile,
J'veux dire
Qu'on est Ysengrin ou Goupil !

Renardeau, mon fiston,
Dans ton joli veston,
Ta queue de pie de flammes rousses,
T'allum' des incendies
A travers les orties
Et les tapis de tendre mousse,
Et les culs-terreux, fous de rage,
T'accusent de porter la rage
De par la France,
Comm' si la beauté, aujourd'hui,
Ça méritait d'être puni,
Pour indécence !

Ta vie,
On te la joue à face ou pile,
Pardi,
On est poète ou imbécile,
J'veux dire
Qu'on est Ysengrin ou Goupil !

Renardeau, mon ti-frère,
Rendez-vous en enfer,
L'enfer des bêtes indociles,
Laissons monter là-haut
Les crotales, les cabots,
Au paradis des crocodiles,
Pour trois volailles dérobées,
Quelques œufs fraîchement gobés,
Ils te poursuivent,
Comm' si les r'nards, soudainement,
Ça d'vait bouffer plus qu'du chiendent
Ou des olives !

Ta vie,
On te la joue à face ou pile,
Pardi,
On est poète ou imbécile,
J'veux dire
Qu'on est Ysengrin ou Goupil !
Renardeau, réfugié
Au fond de ton terrier,
Auprès de ta douce Hermeline,
Près de celle qui t'attend,
Que tu lèches longtemps,

Ta princesse, ton orpheline,
Loin de ce monde de faux-culs
Qui n' pens' qu'à te tirer dessus,
Vaille que vaille,
Endors-toi et fais de beaux rêves,
Avant que toi et moi, on crève
Sous leur mitraille !

Notr' vie,
On nous la joue à face ou pile,
Pardi,
On est poète ou imbécile,
J'veux dire,
Qu'on est Ysengrin ou Goupil !

La vie

Paroles : Henri Tachan, musique : Jean Musy. "L'Intégrale, Vol2, CD n°12". Première parution "la vie" (1974)

La Vie,
Ça tient dans une paume,
Ça résonne comme un psaume
Mais ce n'est qu'un'e java,
La Vie,
A peine est-elle éclose
On dirait une rose
Mais ce n'est qu'un dahlia,
La Vie,
Même si tu la bourres
De rêves et d'amours
Qui n'en finissent pas,
La Vie,
Même si pour l'Enfance
C'est plus beau que Byzance,
C'est toujours Carpentras !
La Vie,
Ça n'a pas de ressources,
C'est pas coté en Bourse
Comme l'or-étalon,
La Vie,
Ça se débine en douce
A la vie comm'e j'te pousse
Au détour d'un avion,
La Vie,
Si tu la perds, pas b'soin
De d'mander le chemin
D'la rue des Morillons,
La Vie,
On croit que c'est "pépère",
Bien planqué à l'arrière,
C'est toujours sur le front
La Vie,
Pas l'temps d'fair'e des projets,
A pein'e même si j'ai
Le temps d'êtr'e rossignol,
La Vie,
On t'la donne, on t'la r'prend
Comme un jouet d'enfant,
Un'e divine babiole,
La Vie, C'est un bout de répit
Qui couve au bain-Marie
Dans un'e drôl'e de cass'role,
La Vie,
C'est la supercherieD'un Jupiter aigri,
D'un dieu à camisole !
La Vie,
Ça ne tient qu'à un fil,
Ça s'joue à face ou pile
Pour des profits et pertes,
La Vie,
Ça se sauve, ça s'épargne
A la caisse d'épargne
Des guerres qu'on déserte,
La Vie,
Moi, je la revendique
Pour le moindre moustique,
Pour la bête de somme,
La Vie,
C'est la fleur sans fusil,
C'est la Terre sans patrie,
C'est le Berceau des hommes,
La Vie !

Les animaux du zoo de Vincennes

Album : L'intégrale, Vol4:cdn°2. Date de 1ère sortie "Ma révolte" (1982)

 

Les animaux du zoo d'Vincennes se sont taillés:

 Z'en avaient marre de faire semblant d'être empaillés,

 Z'en avaient marre de faire le singe derrière les grilles, 

D'amuser les p'tits garçons, les p'tites filles, 

 

Les animaux du zoo d'Vincennes ont mis les bouts, 

Sont partis sans laisser d'adresse pour Tombouctou,

 Z'ont repris leurs crocs, leurs crinières, leurs rayures,

 Couverts de poux, de poussière et de sciure.

 

 Ne pleurez pas, petits enfants, c'est chouette, 

Plus jamais vous ne leur jett'rez de cacahuètes.

 Ne pleurez pas, petits enfants, c'est chouette, 

Plus jamais vous ne leur jett'rez de cacahuètes. 

 

Les animaux du zoo d'Vincennes ont fait la belle, 

Par un' bath nuit d'hiver, sur une arche de Noël, 

Ils se sont embarqués, deux par deux, pacifiques, 

Vers leurs forêts d'Asie, vers leurs palmiers d'Afrique. 

 

Les animaux du zoo d'Vincennes ont disparu,

 La Police est perplexe, qui l'eût dit, qui l'eût cru? 

Car il n'y a pas la moindre pris'e d'otages, 

Comm'e ça arriv'e chez certain'es bêtes sauvages

 

 Ne pleurez pas, petits enfants, c'est chouette,

 Plus jamais vous ne leur jett'rez de cacahuètes. 

Ne pleurez pas, petits enfants, c'est chouette, 

Plus jamais vous ne leur jett'rez de cacahuètes. 

 

Les animaux du zoo d'Vincennes en parl'ent encore

 De ce fameux voyage vers leur Ile au Trésor, 

Et tout là-bas, au fin fond des savanes, 

Sur leur violon, ils jouent une pavane, 

 

Un'e pavane pour leus frères, les animaux défunts, 

Les sangliers, les cerfs, les sarcelles, les lapins, 

Tous ces petits indiens de nos bois de Vincennes 

Abattu par des Buffalo Bill à bedaine. 

 

Fait'es attention, petits humains, qu' les bêtes, 

Un de ces jours, ne vous jett'ent pas des cacahuètes! 

Fait'es attention, petits humains, qu' les bêtes, 

Un de ces jours, ne vous jett'ent pas des cacahuètes!

Manolete

Album : "Inventaire" (1979). Compilation cd 78-79 "Une pipe à pépé"

 

Je suis taureau de combat
Comm’e grand’père et comm’e papa
Qui sont tombés dans l’arène :
Ca excite les sirènes,

Les sirèn’es du premier rang
Qui mouill’ent leur p’tit slip tout blanc,
Qui font un’e drôl’e de bobine
Devant notre hémoglobine...

Manolete, Manolete, grand héros
On t’f’ra la fête, t’f’ra la peau,
Un de ces jours, ah ! prends garde,
Un matador, ça s’lézarde
Parfois plus vite qu’un taureau !

On est taureaux de combat
Mais des combats y en a pas ;
Il n’y a qu’un génocide :
Pour nous, Dachau c’est Madrid,

Notre signe, c’est pas l’étoile,
Mais tous les sanglants pétales
Que nous plantent dans le corps
Les lances des picadors...

Manolete, Manolete, grand héros
On t’f’ra la fête, t’f’ra la peau,
Un de ces jours, ah ! prends garde,
Un matador, ça s’lézarde
Parfois plus vite qu’un taureau !

On est taureaux de combat,
J’avais un oncle à Huesca :
Il avait les cornes aux cieux,
Paraît qu’il était "vicieux",

J’avais un cousin lointain :
Il est mort dans le crottin
Des chevaux apprivoisés,
Des collabos équidés...

Manolete, Manolete, grand héros
On t’f’ra la fête, t’g’ra la peau,
Un de ces jours, ah ! prends garde,
Un matador, ça s’lézarde
Parfois plus vite qu’un taureau !

Je suis taureau de combat ;
J’observe et ne bouge pas
Et la chaleur est épaisse
Ce dimanche à Linarès,

Il avance, il tend la cape,
Je dérobe... et puis j’attaque !
Sens-tu ma corne qui fouaille
Bien profond dans ta tripaille ?

Manolete, Manolete sur le dos :
Les sirèn’es crach’ent sur ta peau,
L’Espagne debout me regarde :

Un pays ça se lézarde
Toujours plus vite qu’un taureau !

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