Hubert Félix Thiéfaine

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Site officiel :  http://www.thiefaine.com/

Sites conseillés : http://www.multimania.com/jumping/thiefaine.htm

Les Jardins sauvages

Album : "Scandale mélancolique" (2005)

 

j'aime roder vers les fleurs perdues

dans les jardins sauvages 

aux parfums d'ardoise et de rues

des villes avant l'orage

la rosée de leurs yeux trop mauves

reflète une lumière 

qui conduit parfois les vieux fauves

et les anges en enfer

j'aime roder vers les fleurs perdues

dans les jardins sauvages 

et m'égarer  dans les cigües

et dans les saxifrages

sentir la chair d'une figue verte

qui s'offre lentement

sur le rose d'un corolle ouverte

à mon souffle tremblant

j'aime j'aime

 

j'aime roder vers les fleurs perdues

dans les jardins sauvages 

aux nuances des gris bleu des brumes

des banlieues de passage

le velours de leurs lèvres humides

à l'ombre de leur voile

entraîne m'attire vers le vide

au murmure des étoiles

j'aime roder vers les fleurs perdues

dans les jardins sauvages 

aux parfums d'ardoises et de rues

des villes avant l'orage

suivre le jeu d'une étamine

sur un oeillet violet

qui s'entrouvrirait qui s'illumine

d'une larme de lait

j'aime j'aime

 

j'aime roder vers les fleurs perdues

dans les jardins sauvages 

aux parfums d'ardoises et de rues

des villes avant l'orage

suivre le jeu d'une étamine

sur un oeillet violet

qui s'entrouvrirait qui s'illumine

d'une larme de lait

j'aime j'aime

 

Dans quel état Terre

Album : "Le bonheur de la tentation" (1998)

Sous les rayons factices d'un soleil terminal
Après un vol obscur troublé de turbulences
Ta carlingue fatiguée est en approche finale
Dans une odeur de frites et de vieux sperme rance
Terre Terre Terre
Dans quel état t'erres

Tes enfants ne dansent plus maint'nant ils commémorent
A travers leurs modems et leurs écrans-goulag
Le fardeau de leur âme sur le poids de leur corps
Quand le futur bascule au bout des terrains vagues
Terre Terre Terre
Dans quel état t'erres

2000 après J.C. sur les calendriers
50 et des poussières après Adolf Hitler
2000 après J.C. dans le flot des damnés
Tu t'refais les paupières pour cacher ton cancer
Terre Terre Terre
Joyeux anniversaire

Loin des verdâtres imams de l'écolomanie
J'aim'rais encore te voir sensuelle et sulfureuse
J'aim'rais encore renaître à ton ventre meurtri
Là où ta peau devient humide et granuleuse
Terre Terre Terre
Dans quel état t'erres

 

Alligator 427

Album : "Autorisation de délirer" (2005)

Alligators 427
Aux ailes de cachemire safran,
Je grille ma dernière cigarette.
Je vous attends.
Sur cette autoroute hystérique
Qui nous conduit chez les mutants,
J'ai troqué mon coeur contre une trique.
Je vous attends.
Je sais que vous avez la beauté destructive
Et le sourire vainqueur jusqu'au dernier soupir.
Je sais que vos mâchoires distillent l'agonie.
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"

Alligators 427
À la queue de zinc et de sang,
Je m'tape une petite reniflette.
Je vous attends.
Dans cet étrange carnaval
On a vendu l'homo sapiens
Pour racheter du Neandertal.
Je vous attends.
Et les manufactures ont beau se recycler,
Y aura jamais assez de morphine pour tout le monde,
Surtout qu'à ce qu'on dit, vous aimez faire durer.
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"

Alligators 427
Aux longs regards phosphorescents,
Je mouche mon nez, remonte mes chaussettes.
Je vous attends.
Et je bloque mes lendemains.
Je sais que les mouches s'apprêtent,
Autour des tables du festin.
Je vous attends.
Et j'attends que se dressent vos prochains charniers.
J'ai raté l'autre guerre pour la photographie.
J'espère que vos macchabées seront bien faisandés.
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"

Alligators 427
Aux crocs venimeux et gluants,
Je donne un coup de brosse à mon squelette.
Je vous attends.
L'idiot du village fait la queue
Et tend sa carte d'adhérent
Pour prendre place dans le grand feu.
Je vous attends.
J'entends siffler le vent au-dessus des calvaires
Et je vois les vampires sortir de leurs cercueils
Pour venir saluer les anges nucléaires.
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"

Alligators 427
Aux griffes d'or et de diamant,
Je sais que la ciguë est prête.
Je vous attends.
Je sais que dans votre alchimie,
L'atome ça vaut des travellers chèques
Et ça suffit comme alibi.
Je vous attends.
A l'ombre de vos centrales, je crache mon cancer.
Je cherche un nouveau nom pour ma métamorphose.
Je sais que mes enfants s'appelleront vers de terre.
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"

Alligators 427
Au cerveau de jaspe et d'argent,
Il est temps de sonner la fête.
Je vous attends.
Vous avez le goût du grand art
Et sur mon compteur électrique,
J'ai le portrait du prince-ringard.
Je vous attends.
Je sais que, désormais, vivre est un calembour.
La mort est devenue un état permanent.
Le monde est aux fantômes, aux hyènes et aux vautours.
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"

 

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